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Pouvoir politique: les guinéens partagés entre les anciens et l'actuel régime

le 27/02/2017 à 12h11

Les guinéens ont-ils la nostalgie des anciens chefs d'Etat? Cette question mérite d'être posée. En ce sens qu'il est fréquent aujourd'hui d'entendre les citoyens faire les éloges des anciens dirigeants.

De son indépendance à maintenant, la Guinée a connu trois Républiques, cinq Présidents. Le camarade Ahmed Sékou Touré (1958-1984), le général Lansana Conté (1984-2008), le capitaine Moussa Dadis Camara (22 décembre 2008-3 décembre 2009), le général Sékouba Konaté (15 janvier 2010-21 décembre 2010) et Alpha Condé depuis le 21 décembre 2010. La gestion passée et actuelle du pouvoir de chacun de ces individus a marqué et continue de marquer les esprits. Du pouvoir socio communiste à celui démocratique via le pouvoir militaro démocratique, les guinéens s'amusent souvent à les comparer.

C'est vrai qu'il est généralement difficile de comparer un régime à un autre . Vu que les dirigeants n'ont pas exercé à la même époque. Chaque Président a vécu son temps, sa période de pouvoir. Il l'a géré ou le gère d'une manière différente des autres.

Cependant dans un territoire comme le notre où les taux de chômage et de pauvreté explosent chaque année, où le peuple est abandonné par les pouvoirs publics, il arrive souvent que le citoyen lambda se remémore du passé. C'est le cas d'un groupe de jeunes, visiblement perdus. Vivant dans le désespoir, le désenchantement, ils consolent leur chagrin avec des stimulants. S'ils pouvaient, ils allaient faire d'hier aujourd'hui et aujourd'hui de demain. Ainsi de suite. Car, pour eux, le guinéen d'hier vivait mieux. L'œil dans le rétroviseur, ils sont écœurés par ce présent qui ne leur apporte que désespoir et désillusion.   

Un mercredi matin, je faisais la gymnastique quand un groupe de jeunes attire mon attention. Assis dans un baffons, ils causent, prennent calmement leur came. Leur causerie porte sur le devoir des pouvoir politiques en Guinée. Ils parlent des différents chefs d'Etat qui se sont succédé à la tête du pays depuis son indépendance, il y a 58 ans. En essayant de comparer les régimes.

Dans l'espoir de rester fidèle dans la restitution, voici en quintessence ce qu'ils disaient. Et pour mieux comprendre, nous allons donner un pseudonyme à chaque jeune ayant pris la parole.

Tiékoura, c'est le plus âgé. Né sous la révolution, il est nostalgique du premier régime. Le régime révolutionnaire de feu Ahmed Sékou Touré. Le père de l'indépendance. L'homme qui a rendu au guinéen " sa fierté et sa dignité" et préservé les "richesses" du pays. "Sous Sékou Touré les guinéens vivaient dans l'harmonie et la convivialité", rappelle-t-il. Et de poursuivre, "Le guinéen ne connaissait pas l'ethnocentrisme comme nous le vivons aujourd'hui. Le cadre malinké, selon lui, était affecté au fouta, le soussou en forêt et vis versa. Ce qui avait permis et facilité le brassage culturel et ethnique entre les guinéens. Pour Tiékoura, c'est grâce à ça aujourd'hui, que son vieux père parle plusieurs langues locales et connait bien la culture guinéenne. "Il me dit souvent que la vrai identité de la Guinée a toujours été sa culture qui est actuellement à l'abandon", rapporte-t-il. Avant d'indiquer: "sous Sékou, le guinéen était en sécurité et respecté, notre pays était connu", et de regretter que ce ne soit plus le cas de nos jours.  "Une fois dans l'émission, une question pour un champion de tv5, on a demandé quelle est la capitale de la République de Guinée, aucun candidat n'a pu répondre", dit-il d'un air maussade.

Moussa quant à lui, il est né un 3 avril 198...Il avait 24 ans à l'apogée de la deuxième République. Ses souvenirs du soldat qui a libéré la Guinée du joug de la "révolution et de l'impérialisme" sont encore impeccables. L'intrépide guerrier qui s'est battu au prix de son sang pour affranchir des colonies africaines. Celui qui a rendu au guinéen sa "liberté". Le père de la "démocratie" et du "multipartisme" . Le feu général Lansana Conté. Paix à son âme. C'est sous son ère, se souvient-il, que le guinéen obtint sa liberté, le pays fut construit. Et que la libre circulation devint une réalité. Selon Moussa, le "Président paysan" n'a jamais affamé son peuple. Le pouvoir d'achat du guinéen lui permettait de vivre. "Dans les années 2000, avec 5000 gnf on pouvait consommer la nourriture de son choix", argue-t-il. Puis ajoute: " les citoyens vivaient dans la sécurité et l'harmonie. La Guinée était un havre de paix".  

Koïkoï lui se souvient du fougueux Capitaine Moussa Dadis Camara. Malgré le bref passage de ce dernier au pouvoir, il estime qu'en si peu de temps, l'homme fort du 23 décembre 2008 avait un bon élan. "Son engagement dans la lutte contre la corruption était un atout majeur pour le développement. Dans cette dynamique, il a voulu assainir l'administration guinéenne en débarrassant le pays des narcotrafiquants. Car, n'oublions pas que la Guinée était devenue la plate tournante du trafic de drogue", se souvient-il. Selon lui , " au crépuscule du règne de Conté, le pays était dirigé par des voleurs à col blanc, des bandits et des sangsues qui ont pillé les richesses du pays pour s'enrichir illicitement". Il indique que, "l'arrivé de Dadis a permis de démasquer ces charognards qui, au lieu de servir le peuple se servait de lui". Et de marteler : "Dadis pouvait faire un bon président s'il n'avait pas été trahi..."           

Peu bavard, Diarra lui préfère le général Sékouba Konaté, l'homme qui a permis le retour de "l'ordre constitutionnel" en Guinée. Pour lui, Sékouba Konaté alias "El Tigre" a sauvé la Guinée du déluge politique. "Il a rempli la mission  qui lui était confié sans trop de bruit et évité notre pays de sombrer dans le chaos. En organisant des élections qui ont permis à la Guinée d'avoir son premier Président démocratiquement élu ", souligne Diarra. 

Abordant le même sujet que ses collègues, Mansa n'a pas l'air d'être à l'aise. On sent de la colère dans sa voix. Il dit ne pas comprendre qu'après plus d'un demi siècle d'indépendance, que le guinéen vit encore dans la précarité. Qu'il végète dans la misère tant disque la Guinée est un scandale géologique. "Nous avons les 2/3 de réserve mondiale de bauxite et plusieurs autres matières premières comme l'or, le diamant, le fer, l'uranium, le phosphore, le manganèse...", rappelle-t-il. Pour lui, toutes ces richesses sont aujourd'hui en trains d'être spoliées.

Il s'en prend ainsi aux dirigeants qui, selon lui, " oublient leur promesse de campagne et zigouillent tous ceux qui rouspètent pour le leur rappeler". Renfrognant, il indique: " depuis l'avènement de la troisième république les gens sont tués comme des mouches. C'est comme s'ils(ndlr, les dirigeants) avaient le droit de vie et de mort sur nous. Ils font de nous leur bétail électoral et nous mènent à l'abattoir. Nous les élisons ils nous abattent à coups de canon. chaque année, des citoyens sont exterminés à bout portant par ceux qui sont censés nous protéger". Avant d'interroger:"Qu'avons nous fait à ces monstres politiques? A ces damnés?"

Sur le plan social, il dit que les guinéens n'ont jamais été aussi divisés. "Malinké et peulhs ne prient plus ensemble, soussou et kpélé ne mangent plus dans la même assiette". Tous les ingrédients sont aujourd'hui réunis, il suffit une étincèle pour que la forêt s'embrase. ", indique-t-il.

Or, estime-t-il, "on ne peut pas construire un Etat développé et stable dans l'instabilité sociale et politique car, la maison construite finit toujours par s'écrouler". Selon lui, une seule ethnie ne peux faire le bonheur d'un peuple. "Il y a plusieurs ethnies en Guinée, il faut leur synergie pour mettre les jalons d'un développement harmonieux et durable", conclut-il.

Cette causette s'est déroulée au lendemain de la signature du protocole d'accord entre gouvernement et l'intersyndicale de l'éducation obtenue après la mort d'au moins sept guinéens tués par balles.

En Guinée, le "petit peuple" a l'habitude de subir mais à chaque fois qu'il s'est réveillé, il fait bouger des montagnes. Les mouvements de janvier-février 2007 et de septembre 2009 sont une illustration de sa témérité. Quand il se lasse d'un régime, il est prêt à tous les sacrifices pour le faire capituler. Ceci devrait servir de leçon au régime actuel qui à l'air de naviguer à vue. Le peuple a toujours raison. Aucun régime, fut-il "stalinien ou hitlérien", ne pourra le résister.       

"On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mains on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps", Abraham Lincoln.  

Sidafa Keita pour Kibanyiguinee.info          

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